2022-2023 / PHIL1226-1

Esthétique et théories critiques de la culture

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Durée

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture : 45h SEM
Analyse critique d'une oeuvre artistique : 30h Th

Nombre de crédits

 Master en communication, à finalité5 crédits 

Enseignant

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture : Grégory Cormann, Maud Hagelstein
Analyse critique d'une oeuvre artistique : Grégory Cormann, Maud Hagelstein

Coordinateur(s)

Maud Hagelstein

Langue(s) de l'unité d'enseignement

Langue française

Organisation et évaluation

Enseignement durant l'année complète, avec partiel en janvier

Horaire

Horaire en ligne

Unités d'enseignement prérequises et corequises

Les unités prérequises ou corequises sont présentées au sein de chaque programme

Contenus de l'unité d'enseignement

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Thème :

Les fins de l'élitisme. Débats actuels autour de la théorie critique

Les théories de l'émancipation nées avec (et de) la théorie critique ont souvent dû composer avec le problème de l'élitisme de la sphère artistique - soit pour tenter de le dépasser, autrement dit pour conjurer le risque de le voir resurgir, soit pour en garder la structure (conserver par ex. le principe d'une distance entre l'œuvre et celui qui la reçoit) mais sans les effets de domination conséquents. Car en a-t-on fini avec l'élitisme de l'art ? On ne peut/veut plus considérer et défendre aujourd'hui l'idée que les phénomènes artistiques seraient réservés, la culture organisée selon des hiérarchies fermes et des axiologies non discutées. Mais à interroger en profondeur le problème, et à étudier comment il se rejoue chez les héritiers (au sens large) de la théorie critique (jusqu'à Enzensberger, Ginzburg, Rancière, Didi-Huberman..), on risque de se rendre compte qu'il faut prendre les choses « à rebrousse-poil du rebrousse-poil » : n'a-t-on pas parfois appelé trop vite « élitisme » la description d'une distance nécessaire (ou pour le dire avec Rancière : d'une « indifférence ») de l'œuvre, qui rompt avec les attentes de ceux qui voudraient la consommer puis la digérer sans trouble ? N'a-t-on pas été aveugles à certains effets pervers reconduisant au sein des théories de l'émancipation des partages méprisants ?  

 

Durant les deux prochaines années, le séminaire sera l'occasion d'étudier quelques « dossiers » relatifs au problème de l'élitisme, comme par ex. :

  • Adorno, la culture populaire, la télévision
  • Adorno et le « style tardif » (revisiter les concepts de génie précoce et de vocation)
  • Panofsky, les hautes sphères de la signification, le cinéma et les matérialités
  • Benjamin/Enzensberger : la figure de l'« analphabète secondaire »
  • Bourdieu et la photographie domestique considérée comme « art moyen »
  • Rancière, l'égalité des intelligences et l'« indifférence » de l'œuvre
  • Ginzburg, orgueil et prétention au savoir
  • Deleuze, les intellectuels et le savoir de réserve
  • Didi-Huberman, le témoin et le figurant


 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

  Faire tableau à la Révolution. Peintures et fêtes.

I / Peintures, affects et temporalités complexes

Un historien (Jules Michelet) et un peintre (Jacques-Louis David) serviront de point de départ à notre enquête. À partir de leurs œuvres respectives, dont on croisera les enjeux, on étudiera des problèmes de « poétique de l'histoire » (au sens donné par le philosophe Jacques Rancière dans Les noms de l'histoire, 1992) - relisant les propositions épistémologiques émanant du cadre de l'École des Annales, et examinant les manières dont le savoir historique se construit en nouant différents régimes d'expression. « Faire tableau » désignera l'une des modalités par lesquelles les événements de notre histoire commune accèdent au récit.

S'il est plus souvent considéré comme un « peintre conventionnel » que comme un peintre vraiment politique, Jacques-Louis David a néanmoins mené de front sa carrière de peintre et ses activités politiques (député à la Convention, organisateur de fêtes révolutionnaires, proche de Robespierre, protagoniste de la Terreur, etc.). Sans surprise, Michelet n'a pas été « emporté » par cette peinture. David était un peintre sérieux et moralisateur, dont le style tranchait avec celui de la peinture précédant la séquence de la Révolution française. On lui a tellement reproché la froideur solennelle de ses tableaux, les allusions antiquisantes rigides, le manque d'agilité de ses personnages, le sens strictement tragique des scènes peintes, qu'il est difficile aujourd'hui de prendre goût à ses œuvres, comme de faire vaciller cette image sévère. On cherchera néanmoins à étudier le faisceau d'affects politiques/moraux mobilisés dans cette peinture (civisme, pitié, dévouement, etc.).

Il y a une question brulante liée à ces tableaux, que la peinture de David nous lègue : Qui est le peintre de la révolution française de 1789 ? À bien des égards, on dirait qu'il n'y a pas de peintre de la révolution. Bien sûr il y a eu des peintres pendant la révolution, beaucoup et bien formés (David le premier, David l'officiel, le peintre-roi du moment), mais malgré tout on sent que le tableau manque. Personne ne parvient à se hisser à la hauteur de ces événements déterminants ; aucun peintre ne parvient à être l'exact contemporain de la rupture révolutionnaire, à traduire directement l'énergie révolutionnaire dans l'ordre des représentations. Or l'inactualité de ceux qui cherchent à peindre le moment révolutionnaire n'a pas manqué de produire des rivalités : certains attribueront le titre de « vrai peintre de la Révolution » ou de « premier peintre à quitter l'Ancien régime » à Goya, Géricault ou Delacroix (pourtant plus tardifs). En plus de ces rivalités dont il faudra montrer le lien à la création, on considérera aussi dans ce cours les tableaux qui n'existent pas, qui auraient  exister, qui auraient pu exister, ou qui existent dans les esprits. On s'intéressera à des tableaux disparus, comme le portrait de Le Peletier sur son lit de mort par David, intimement lié au Marat, que décrit C. Ginzburg. Deux séances seront aussi consacrées aux tableaux fantasmés : le tableau représentant le Comité de salut public par le peintre François-Elie Constantin dans Les Onze de Pierre Michon ; le tableau du peintre raté Évariste Gamelin dans Les dieux ont soif d'Anatole France. Ces analyses permettront de se demander quelle vérité la fiction peut endosser.

II / Fêtes révolutionnaires

La question de la fête est tout-à-fait primordiale et n'a pas la légèreté qu'on pourrait lui soupçonner. Comme l'indique Starobinski, les « transformations intérieures du siècle » peuvent se lire dans les changements « que subit la cérémonie plurielle du plaisir ». Le passage entre l'Ancien Régime et l'ère ouverte par la Révolution se manifeste dans la manière dont on pense et dont on pratique la fête : de la fête galante à la fête austère, on perçoit forcément une rupture radicale. Mais cette rupture ne se fait pas d'un coup. Dès le début du 18e siècle, on observe un évident détachement par rapport aux fêtes royales, une désinvolture, voire une distance ironique - qu'il sera intéressant de décrire. Ce qui permet d'analyser le « type » de fête privilégiée par le siècle, c'est bien entendu son aspect collectif. Les fêtes d'Ancien régime n'étaient pas des fêtes qui forgeaient le collectif (où se dégagerait quelque chose comme le peuple). Elles étaient des fêtes « exclusives », des fêtes égocentriques, qui éveillaient des solitudes, permettaient de pavaner individuellement, de s'augmenter dans le jeu des parades et des apparats du pouvoir. Mais au 18e siècle, l'exclusivité de la fête commence à s'effriter, on se désintéresse de la fête « réservée », dans laquelle on a sa place (comme au théâtre son alcôve - qui permet de recevoir les prétendants, qui permet des jeux à la fois spectaculaires et pourtant intimes). La fête qui glorifie chacun individuellement, qui augmente chacun en son plaisir jaloux, commence à perdre de sa vigueur idéologique. Si l'on suit la généalogie de la fête que retrace notamment Starobinski, on observera une logique dont le moment « négatif » pourrait être décrit comme un moment iconoclaste (destruction des images de l'Ancien régime, et de notre attachement à elles), dont on pressent qu'il sera suivi d'un moment de création de nouvelles formes, qui effectivement, doivent être inventées, construites, en particulier dans l'épisode de la Révolution française. David jouera ce rôle-là, un rôle de créateur de formes à haute valeur symbolique pour la République. Il inventera des chorégraphies politiques, des cérémonies, des costumes, des monuments, etc. - où se déploie une inventivité qu'on ne peut pas lui nier. Mais à bien des égards, l'austérité de David fait figure de lendemain de fête (la question de la temporalité propre à la fête politique sera envisagée, en particulier le motif du « lendemain »). Pourtant, des fêtes d'un type nouveau sont effectivement apparues avec la République, des fêtes officielles mais populaires, des fêtes processuelles prenant place dans les rues, vouées à mettre en spectacle la naissance d'une communauté nouvelle (cf. Ozouf, La fête révolutionnaire). Dans son Histoire de la Révolution française, Michelet insiste lui-même sur cette dimension spectaculaire/vivante du « faire tableau », décrivant par ex. la reconstitution de la Marche des femmes pour la fête du 10 août 93.

  

Acquis d'apprentissage (objectifs d'apprentissage) de l'unité d'enseignement

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Permettre aux étudiant·es, au départ d'un thème sur lequel on pourra travailler collectivement, de se familiariser avec un problème central de la théorie critique et de ses héritages.

Le séminaire intégrera un volet épistémologique et réflexif. Les étudiant·es seront invité·es à se situer par rapport au thème et à interroger leur propre rapport à l'érudition et aux pratiques de savoir. En s'appuyant par ex. sur le travail collaboratif et sur les ressources numériques collectives, on cherchera à rejouer autrement notre rapport au savoir.

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Exercer les étudiant·es à l'examen de problèmes épistémologiques de "poétique de l'histoire". Montrer le caractère déterminant de la séquence révolutionnaire de 1789 pour l'invention d'une nouvelle manière de construire les savoirs liés aux événements politiques déterminants. Examiner le "faire tableau" et les modalités multiples de représentation des affects moraux ou politiques. 
 

Savoirs et compétences prérequis

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

xxxxx

Analyse critique d'une oeuvre artistique

aucun

Activités d'apprentissage prévues et méthodes d'enseignement

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Leçons magistrales suivies de discussion, séances de travail collectif, classe inversée.

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Rédaction d'un travail portant sur l'un des aspects de la thématique abordée au cours.

Mode d'enseignement (présentiel, à distance, hybride)

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Cours donné exclusivement en présentiel


Explications complémentaires:

Durée et période : 30 heures, 1er quadrimestre.
Lieu d'enseignement et horaire : salle A2/2/5, vendredi de 10h à 13h.

Lectures recommandées ou obligatoires et notes de cours

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Une bibliographie détaillée sera distribuée à l'occasion de chaque leçon. 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

  Bibliographie informative (d'autres références seront données au fur et à mesure des leçons, qui seront susceptibles de servir d'appui pour le travail écrit) :

-Jacques Rancière, Les noms de l'histoire. Essai de poétique du savoir, Paris, Seuil, 1992.
-Jules Michelet, Histoire de la révolution française, 4 volumes, Paris, Gallimard, 1952.

  • « L'exécution de Louis XVI (21 janvier 93) », Tome II volume I / Livre IX chapitre XIII 
  • « Mort de Marat », Tome II volume I / Livre XII chapitre III 
  • « Mort de Charlotte Corday », Tome II volume I / Livre XII chapitre IV 
  • « Fête du 10 août 93 », Tome II volume I / Livre XII chapitre VII 
  • « Le tyran », appendice au Tome II volume II. 
-Jules Michelet, Géricault, Paris, L'Échoppe, 1991.
-Jules Michelet, La Sorcière, Paris, Gallimard, 2016.  
-Anatole France, Les dieux ont soif
-Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, livres 5, 8 & 9, 11.
-Pierre Michon, Maitres et serviteurs, Paris, Verdier, 1990.
-Pierre Michon, Les Onze, Paris, Gallimard, rééd. de : Verdier, 2009.
-Eric Vuillard, 14 juillet, Paris, Actes Sud, 2016.
-Jean Starobinski, L'invention de la liberté. 1700-1789 suivi de Les emblèmes de la Raison, Paris, Gallimard, 2006.
-Carlo Ginzburg, « David, Marat. Art, politique, religion », Peur, révérence, terreur. Quatre essais d'iconographie politique, Paris, Les presses du réel, 2013.
-Régis Michel, Géricault. L'invention du réel, Paris, Gallimard, 1992.
-Nina Athanassoglou-Kallmyer, Théodore Géricault, Phaidon, 2010.
-Simon Lee, David, Phaidon, 2002.
-Marguerite Yourcenar, Le cerveau noir de Piranèse, Paris, Gallimard, 2016.
-Mona Ozouf, La fête révolutionnaire. 1789-1799, Paris, Gallimard, 1976.
-Mona Ozouf, « La fête. Sous la Révolution française », dans Jacques Le Goff & Pierre Nora, Faire de l'histoire, t. 3, Nouveaux objets. Paris, Gallimard, 1974.
-Les Cahiers du GRIF, n° 5, « Les femmes font la fête font la grève », 1974.

Modalités d'évaluation et critères

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Travail écrit discuté lors d'un entretien oral : les modalités du travail seront présentées au premier cours.

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Travail à rendre - rapport


Explications complémentaires:

Travail écrit.      

Stage(s)

Remarques organisationnelles

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Le séminaire, qui accueillera plusieurs invité-e-s, aura lieu au deuxième quadrimestre, le vendredi de 14h à 17h. Certaines séances pourront être regroupées en journées de recherche, selon un calendrier discuté avec les étudiants.

 

Espace de réunion du département de philosophie (A1/couloir du département de philosophie/3e étage). 

 






 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Durée et période : 30 heures, 1er quadrimestre.
Lieu d'enseignement et horaire : salle A2/2/5, vendredi de 10h à 13h.

Contacts

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Maud.Hagelstein@uliege.be 
Gregory.Cormann@uliege.be 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

 
Hagelstein (Maud.Hagelstein@ulg.ac.be)
Cormann (Gregory.Cormann@ulg.ac.be)

Association d'un ou plusieurs MOOCs