2021-2022 / PHIL1226-1

Esthétique et théories critiques de la culture

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Durée

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture : 45h SEM
Analyse critique d'une oeuvre artistique : 30h Th

Nombre de crédits

 Master en communication, à finalité5 crédits 
 Master en philosophie, à finalité15 crédits 

Enseignant

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture : Grégory Cormann, Maud Hagelstein
Analyse critique d'une oeuvre artistique : Grégory Cormann, Maud Hagelstein

Coordinateur(s)

Maud Hagelstein

Langue(s) de l'unité d'enseignement

Langue française

Organisation et évaluation

Enseignement durant l'année complète, avec partiel en janvier

Horaire

Horaire en ligne

Unités d'enseignement prérequises et corequises

Les unités prérequises ou corequises sont présentées au sein de chaque programme

Contenus de l'unité d'enseignement

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

 



Hans Magnus Enzensberger, mythographe de la conscience intellectuelle européenne


Le séminaire portera cette année (2021-2022) sur l'œuvre littéraire et critique de Hans Magnus Enzensberger (1929-). Considéré comme un des plus grands poètes allemands de la seconde moitié du 20ème siècle, Enzensberger déploie également une œuvre critique protéiforme. Romancier, essayiste, traducteur ou encore éditeur, Enzensberger a proposé dès le début des années 60 (Einzelheiten, 1962, en français Culture ou mise en condition ?) une critique de la société (occidentale) contemporaine qui n'a cessé de se démarquer et de dialoguer avec les œuvres majeures de Hannah Arendt (Origines du totalitarisme, 1951) et de Theodor Adorno (Minima Moralia, 1951) qui ont marqué sa formation philosophique en Allemagne. En ce qui concerne la pensée française contemporaine, Enzensberger a été marqué, en plus de Sartre et de Camus, par la lecture de Lévi-Strauss, de Barthes, de Beckett et de Fanon. Dans le cadre de ce séminaire, nous chercherons à montrer, non seulement comment Enzensberger a prolongé, jusqu'à aujourd'hui, le travail critique et démystificateur de ses devanciers français et allemands, mais aussi comment il a inlassablement cherché à inventer, puis à mettre en question, les « mythes de gauche » (Barthes) des époques qu'il a traversées.      
 
Une place particulière sera accordée à un texte important d'Enzensberger, son « Baukasten zur einer Theorie der Medien » (1970), dont la première traduction et édition en français vient d'être réalisée par plusieurs chercheurs liégeois, sous la direction de Jeremy Hamers et de Céline Letawe. S'agissant de l'orientation générale du séminaire, la question de l'anachronisme constituera le fil conducteur du programme de conférences. La question de l'anachronisme est en effet un thème récurrent de l'œuvre d'Enzensberger. Mais l'anachronisme est également pour l'écrivain allemand un opérateur critique qui agit aussi bien au niveau de ses analyses (géo)politiques que de l'interrogation qu'il poursuit inlassablement à propos de son autobiographie intellectuelle.





 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Faire tableau à la Révolution. Peintures et fêtes.
 
I / Peintures - le peintre qui manque
 
Un historien (Michelet) et un peintre (David) serviront de point de départ. À partir de leurs œuvres respectives, dont on croisera les enjeux, on étudiera des problèmes de « poétique de l'histoire » (au sens donné par Rancière dans Les noms de l'histoire, 1992) - envisageant les manières dont le savoir historique se construit et produit des récits en nouant différents régimes d'expression. « Faire tableau » désignera ici l'une des modalités par lesquelles les faits historiques accèdent au récit. S'il est plus souvent considéré comme un « peintre conventionnel » que comme un peintre vraiment politique, Jacques-Louis David a néanmoins mené de front sa carrière de peintre et ses activités politiques (député à la Convention, organisateur de fêtes révolutionnaires, proche de Robespierre, protagoniste de la Terreur, etc.). Sans surprise, Michelet n'a pas été « emporté » par cette peinture. David était un peintre sérieux et moralisateur, dont le style tranchait avec celui de la peinture précédant la séquence de la Révolution française. On lui a tellement reproché la froideur solennelle de ses tableaux, les allusions antiquisantes rigides, le manque d'agilité de ses personnages, le sens strictement tragique des scènes peintes, qu'il est difficile aujourd'hui de prendre goût à ses œuvres, comme de faire vaciller cette image sévère. Mais il y a une question brulante liée à ces tableaux, que la peinture de David nous lègue : Qui est le peintre de la révolution française de 1789 ? À bien des égards, on dirait qu'il n'y a pas de peintre de la révolution. Bien sûr il y a eu des peintres pendant la révolution, beaucoup et bien formés (David le premier, David l'officiel, le peintre-roi du moment), mais on sent que le tableau manque. Personne ne parvient à se hisser à la hauteur de ces événements déterminants ; aucun peintre ne parvient à être l'exact contemporain de la rupture révolutionnaire, à traduire directement l'énergie révolutionnaire dans l'ordre des représentations. Or l'inactualité de ceux qui cherchent à peindre le moment révolutionnaire n'a pas manqué de produire des rivalités : certains attribueront le titre de « vrai peintre de la Révolution » ou de « premier peintre à quitter l'Ancien régime » à Goya, Géricault ou Delacroix (pourtant plus tardifs). En plus de ces rivalités, on considérera aussi dans ce cours les tableaux qui n'existent pas, qui auraient exister, qui auraient pu exister, ou qui existent dans les esprits. On s'intéressera à des tableaux disparus, comme le portrait de Le Peletier sur son lit de mort par David, intimement lié au Marat, que décrit C. Ginzburg. Deux séances seront aussi consacrées aux tableaux fantasmés : le tableau représentant le Comité de salut public par le peintre François-Elie Constantin dans Les Onze de Pierre Michon ; le tableau du peintre raté Évariste Gamelin dans Les dieux ont soif d'Anatole France. Ces analyses permettront de se demander quelle vérité la fiction peut endosser.
 
II / Fêtes révolutionnaires
 
La question de la fête est tout-à-fait primordiale et n'a pas la légèreté qu'on pourrait lui soupçonner. Comme l'indique Starobinski, les « transformations intérieures du siècle » peuvent se lire dans les changements « que subit la cérémonie plurielle du plaisir ». Le passage entre l'Ancien Régime et l'ère ouverte par la Révolution se manifeste dans la manière dont on pense et dont on pratique la fête : de la fête galante à la fête austère, on perçoit forcément une rupture radicale. Mais cette rupture ne se fait pas d'un coup. Dès le début du 18e siècle, on observe un évident détachement par rapport aux fêtes royales, une désinvolture, voire une distance ironique - qu'il sera intéressant de décrire. Ce qui permet d'analyser le « type » de fête privilégiée par le siècle, c'est bien entendu son aspect collectif. Les fêtes d'Ancien régime n'étaient pas des fêtes qui forgeaient le collectif (où se dégagerait quelque chose comme le peuple). Elles étaient des fêtes « exclusives », des fêtes égocentriques, qui éveillaient des solitudes, permettaient de pavaner individuellement, de s'augmenter dans le jeu des parades et des apparats du pouvoir. Mais au 18e siècle, l'exclusivité de la fête commence à s'effriter, on se désintéresse de la fête « réservée », dans laquelle on a sa place (comme au théâtre son alcôve - qui permet de recevoir les prétendants, qui permet des jeux à la fois spectaculaires et pourtant intimes). La fête qui glorifie chacun individuellement, qui augmente chacun en son plaisir jaloux, commence à perdre de sa vigueur idéologique. Si l'on suit la généalogie de la fête que retrace notamment Starobinski, on observera une logique dont le moment « négatif » pourrait être décrit comme un moment iconoclaste (destruction des images de l'Ancien régime, et de notre attachement à elles), dont on pressent qu'il sera suivi d'un moment de création de nouvelles formes, qui effectivement, doivent être inventées, construites, en particulier dans l'épisode de la Révolution française. David jouera ce rôle-là, un rôle de créateur de formes à haute valeur symbolique pour la République. Il inventera des chorégraphies politiques, des cérémonies, des costumes, des monuments, etc. - où se déploie une inventivité qu'on ne peut pas lui nier. Mais à bien des égards, l'austérité de David fait figure de lendemain de fête. Pourtant, des fêtes d'un type nouveau sont effectivement apparues avec la République, des fêtes officielles mais populaires, des fêtes processuelles prenant place dans les rues, vouées à mettre en spectacle la naissance d'une communauté nouvelle (cf. Ozouf, La fête révolutionnaire). Dans son Histoire de la Révolution française, Michelet insiste lui-même sur cette dimension spectaculaire/vivante du « faire tableau », décrivant par ex. la reconstitution de la Marche des femmes pour la fête du 10 août 93.
  

Acquis d'apprentissage (objectifs d'apprentissage) de l'unité d'enseignement

Analyse critique d'une oeuvre artistique

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Savoirs et compétences prérequis

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

aucun

Analyse critique d'une oeuvre artistique

aucun

Activités d'apprentissage prévues et méthodes d'enseignement

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Leçons magistrales suivies de discussion, séances de travail collectif, classe inversée.

Analyse critique d'une oeuvre artistique

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Mode d'enseignement (présentiel, à distance, hybride)

Lectures recommandées ou obligatoires et notes de cours

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Hans Magnus Enzensberger, Culture ou mise en condition ?, traduit par Bernard Lortholary, Paris, Julliard, 1965 ; réédition, Paris, les Belles Lettres, coll. « Le goût des idées » no 23, 2012.
 
Hans Magnus Enzensberger, Politique et Crime, traduit par Lily Jumel, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais » no 136, 1967 ; réédition partielle sous le titre Les Rêveurs de l'absolu, Paris, Allia, coll. « Petite collection », 1998 ; réédition intégrale sous le titre Politique et Crime : neuf études, Paris, Gallimard, coll. « Tel » no 378, 2011.
 
Hans Magnus Enzensberger, Médiocrité et Folie : recueil de textes épars, traduit par Pierre Gallissaires et Robert Simon, Paris, Gallimard, coll. « Le Messager », 1991.
 
Hans Magnus Enzensberger, Feuilletage, traduit par Bernard Lortholary, Paris, Gallimard, coll. « L'Infini », 1998.
 
Hans Magnus Enzensberger, Le Perdant radical : essai sur les hommes de la terreur, traduit par Daniel Mirsky, Paris, Gallimard, 2006 ; réédition sous le titre Essai sur les hommes de la terreur : le perdant radical, Paris, Gallimard, coll. « Folio. Le Forum » no 6208, 2016.
 
Hans Magnus Enzensberger, Tumulte, traduit par Bernard Lortholary, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 2018.
 
Hans Magnus Enzensberger, Jeu de construction pour une théorie des médias suivi de Usages d'une théorie marxiste des médias sous la direction de Jeremy Hamers & Céline Letawe, Dijon, Presses du réel, coll. « Médias/Théories », 2021.

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Jacques Rancière, Les noms de l'histoire. Essai de poétique du savoir, Paris, Seuil, 1992.
Jules Michelet, Histoire de la révolution française, 4 volumes, Paris, Gallimard, 1952.

  • « L'exécution de Louis XVI (21 janvier 93) », Tome II volume I / Livre IX chapitre XIII
  • « Mort de Marat », Tome II volume I / Livre XII chapitre III
  • « Mort de Charlotte Corday », Tome II volume I / Livre XII chapitre IV
  • « Fête du 10 août 93 », Tome II volume I / Livre XII chapitre VII
  • « Le tyran », appendice au Tome II volume II.
Jules Michelet, Géricault, Paris, L'Échoppe, 1991.
Jules Michelet, La Sorcière, Paris, Gallimard, 2016.  
Anatole France, Les dieux ont soif
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, livres 5, 8 & 9, 11.
Pierre Michon, Maitres et serviteurs, Paris, Verdier, 1990.
Pierre Michon, Les Onze, Paris, Gallimard, rééd. de : Verdier, 2009.
Eric Vuillard, 14 juillet, Paris, Actes Sud, 2016.
Jean Starobinski, L'invention de la liberté. 1700-1789 suivi de Les emblèmes de la Raison, Paris, Gallimard, 2006.
Carlo Ginzburg, « David, Marat. Art, politique, religion », Peur, révérence, terreur. Quatre essais d'iconographie politique, Paris, Les presses du réel, 2013.
Régis Michel, Géricault. L'invention du réel, Paris, Gallimard, 1992.
Nina Athanassoglou-Kallmyer, Théodore Géricault, Phaidon, 2010.
Simon Lee, David, Phaidon, 2002.
Marguerite Yourcenar, Le cerveau noir de Piranèse, Paris, Gallimard, 2016.
Mona Ozouf, La fête révolutionnaire. 1789-1799, Paris, Gallimard, 1976.
Mona Ozouf, « La fête. Sous la Révolution française », dans Jacques Le Goff & Pierre Nora, Faire de l'histoire, t. 3, Nouveaux objets. Paris, Gallimard, 1974.
Les Cahiers du GRIF, n° 5, « Les femmes font la fête font la grève », 1974.

Modalités d'évaluation et critères

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Travail écrit discuté lors d'un entretien oral : les modalités du travail seront présentées au premier cours.

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Travail à rendre - rapport


Explications complémentaires:

Travail écrit. Analyse (détaillée documentée argumentée) d'une oeuvre picturale ou littéraire liée à la séquence révolutionnaire. 

Stage(s)

Remarques organisationnelles

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Le séminaire, qui accueillera plusieurs invité-e-s, aura lieu au deuxième quadrimestre, le vendredi de 14h à 17h. Certaines séances pourront être regroupées en journées de recherche, selon un calendrier discuté avec les étudiants.
 
Espace de réunion du département de philosophie (A1/couloir du département de philosophie/3e étage). 
 
Calendrier des séances
 
Vendredi 11 février, 14h 
Vendredi 18 février, 14h 
Vendredi 25 février, 14h 
Vendredi 4 mars, 14h 
Vendredi 11 mars, 14h 
Vendredi 18 mars, 14h 
Vendredi 25 mars, 14h 
Vendredi 1er avril, 14h 
Vendredi 22 avril, 14h 
Vendredi 29 avril, 14h 




 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

Le cours aura lieu le vendredi de 10h à 13h au premier quadrimestre.
Lancement : vendredi 24 septembre à 10h. Local : A2/4/17
 
Calendrier des séances
 


  • 24 septembre, 10h : Présentation du thème et des enjeux
  • 1er octobre, 10h : Poétique de l'histoire (Rancière, Michelet)
  • 8 octobre, 10h : David, peintre moral
  • 15 octobre, 10h : Les femmes, l'amour et la pitié
  • 22 octobre : Journée du PDR « Iconologie, sensibilité, temporalité » : Anachronismes (Saint-Louis)
  • 5 novembre, 10h : Qui est le peintre de la révolution ? (Michelet, Starobinski)
  • 12 novembre, 10h : Fêtes picturales au 18e, fêtes révolutionnaires (Starobinski, Ozouf)
  • 19 novembre, 10h : Les femmes font la fête font la grève (actualité politique de Starobinski et Ozouf)
  • 26 novembre, 10h : Peintres fictifs I (Anatole France)
  • 3 décembre, 10h : Peintres fictifs II (Pierre Michon)
  • 17 décembre, 10h : La mort du roi. Révolution et exécutions publiques
 

Contacts

Séminaire d'esthétique et théories critiques de la culture

Maud.Hagelstein@uliege.be 
Gregory.Cormann@uliege.be 

Analyse critique d'une oeuvre artistique

 
Hagelstein (Maud.Hagelstein@ulg.ac.be)
Cormann (Gregory.Cormann@ulg.ac.be)